Les débats sur la transition énergétique se concentrent généralement sur la performance des systèmes techniques. Pour argumenter en faveur des énergies renouvelables, on mentionne la baisse exceptionnelle de leur coût depuis 10 ans. Pour défendre le nucléaire, on rappelle les faibles niveaux d’émission CO2 des installations en place, déjà amorties. Si ces arguments sont factuels, ils ne suffisent pas à expliquer les transformations en cours et les arbitrages que nous devons faire pour le futur de notre société. Qu’on le veuille ou non, l’ordre de mérite des systèmes énergétiques ne s’est jamais exclusivement basé sur des considérations d’ordre technique. Il est également la conséquence d’enjeux politiques, économiques et sociaux.  

Centralisée autour des technologies dominantes de chaque époque, l’énergie fut longtemps pilotée par l’offre, avec une demande supposée à s’y adapter. En d’autres termes, le choix du type de production précèdait toujours l’usage qui en était fait. Ce modèle s’inverse peu à peu : c’est la demande, c’est-à-dire les usages par secteur, qui prime dans la décision. Cette tendance se renforce avec des secteurs qui s’hybrident entre eux pour mieux maîtriser leur consommation et promouvoir des modes de production énergétique diffus et interconnectés. Par exemple la mobilité s’intègre avec le biométhane, l’agriculture avec le solaire photovoltaïque, etc. 

Dans ce nouveau paradigme, ce sont les territoires qui donnent le tempo, car ils sont au plus proche des usages et que ceux-ci diffèrent d’une zone à l’autre. Ce retour à une échelle locale comme moteur de la transition marque la fin d’une planification unique et centralisée de l’énergie. L’évaluation des systèmes énergétiques potentiels doit tenir compte de leurs forces et faiblesses au regard des contextes locaux spécifiques.

Les communautés énergétiques apparaissent comme une réponse à cette transition. Par définition, elles visent à gérer pour leurs membres, de façon autonome, des actifs de production décentralisés et la fourniture d’énergie qui lui est associée. Elles sont en lien direct avec les choix et les besoins des territoires. Ces organisations peuvent se manifester selon deux ordres. Tout d’abord, l’approche des entreprises privées, fondée principalement sur la technique. Elles poussent des solutions de microgrid pour permettre les échanges d’énergie entre productions ENR et différents points de consommation. Viennent ensuite les approches citoyennes des associations d’habitants qui souhaitent, elles, promouvoir un projet commun, porteur de sens. Dans l’idée ces deux visions sont complémentaires. Dans les faits, elles tardent à s’associer.

En réalité, elles constituent une première étape, mais ne sont pas suffisantes, car il manque un lien important entre les deux. Il s’agit de l’approche publique avec l’acteur local historique : la ville. Celle-ci comporte sa propre complexité, mais elle reste le tiers de confiance idéal pour articuler les projets et les acteurs locaux. Il est crucial de redonner à la collectivité son sens initial de « collectif », fondamental à toute action.

Le choix collectif de la Boucle Locale

Partant de là, comment envisager la transition énergétique en travaillant autour de l’organisation, et l’administration, de la ville ? La notion de communauté énergétique doit être précisée et renforcée avec un nouvel outil, la Boucle Locale. Elle peut se concevoir aisément d’un point de vue énergétique avec une production et une consommation en circuit autonome. Elle vise surtout, d’un point de vue organisationnel, à raccorder des cadres qui ne sont pas initialement pensés pour évoluer conjointement.

Le thème “énergie” se répartit en deux approches pour une commune (voir schéma suivant). D’un côté il correspond à sa politique d’achat pour sa fourniture en gaz et électricité. Il se base pour cela sur une réglementation stricte à l’évolution lente. Elle doit, dans sa philosophie, être garante de stabilité pour la puissance publique locale. Cependant, avec l’ouverture du marché, le choix dans les fournisseurs et la diversité des offres se fait toujours plus nombreux. En résulte pour les collectivités une hausse de la complexité du processus de décision, surtout au regard de la diversité des besoins énergétiques (hangars, écoles, bureaux, etc.).

D’un autre côté, l’énergie s’inscrit dans la politique de promotion du territoire via des projets concrets d’installations ENR (photovoltaïque, éolien, biomasse, etc.). C’est alors la régulation nationale de l’énergie qui prévaut, évoluant le plus souvent selon des priorités nationales, indépendamment des choix politiques locaux. Dans ce cas, la collectivité doit se positionner par rapport à une diversité d’acteurs aux intérêts variés (publics, privés, citoyens).

No alt text provided for this image

Tout l’enjeu réside dans la capacité à lier les deux : orienter les choix de fourniture énergétique (achat) pour promouvoir des projets verts et locaux, qui en retour permettront de davantage maîtriser son budget et son activité économique. De là naît la notion de Boucle Locale afin de garantir une fourniture où le coût payé par le consommateur incite réellement l’investissement en capacités ENR pour le territoire. Ce modèle est une bonne manière pour une ville de financer sa transition énergétique et de réintroduire une solidarité décidée à l’échelon local. 

Des principes structurant pour mettre en place les Boucles Locales

Ceci étant dit, tout reste à faire. Pour arbitrer les choix collectif, il faut prendre en compte différents risques inhérents au montage d’une Boucle Locale : établir un modèle d’affaire pérenne dans le temps, robuste au regard de probables évolutions réglementaires et capable d’intégrer les divers besoins des acteurs du territoire. Afin de prendre ces points en compte, nous, Terre et Lac Energies, proposons des principes fondateurs à toute structuration d’une Boucle Locale :

  • Le but est de maîtriser sa consommation. C’est grâce à cela que l’on garantit la demande et donc la pérennité financière de tout projet sur le court terme,
  • Sur le long terme, cette approche permet également d’arbitrer sur les futures évolutions de la Boucle Locale et ses besoins comme l’augmentation de la capacité solaire, ou des opérations d’économie d’énergie.
  • Partir de la consommation des acteurs permet également de les impliquer de manière simple et graduelle. Créer de la valeur dès cette étape est la meilleure manière d’aligner et d’engager toutes les parties prenantes,
  • Il faut également imaginer un montage juridique minimal, léger à mettre en œuvre et à gérer dans un premier temps. L’objectif est de cibler un seul besoin pour accélérer la création de valeur.
  • Enfin, et logiquement, plus la structuration est simple, moins elle utilise un cadre réglementaire compliqué ce qui limite les incertitudes quant à son évolution. La Boucle Locale doit se positionner de manière efficace vis-à-vis du Code des Marchés Publics et du Code de l’Energie et être agnostique au regard de toutes autres législations risquées, trop lourdes à mettre en place ou pas assez matures et qui sont appelées à évoluer à moyen terme.

Ces principes sont une première base qui doit être complétée par la suite. C’est primordial car les territoires sont aujourd’hui au front de tous les enjeux sociaux et environnementaux. L’énergie qu’ils utilisent s’intègre avec l’ensemble de leurs systèmes urbains. Elle devient donc un outil au service de leur développement et de leur résilience. L’approche en Boucle Locale est alors pertinente pour évaluer et définir les investissements pertinents et favoriser l’émergence des communautés énergétiques.

Share This